L'Ouzbekistan

Envoi : Mail 10
Date : 26 mai 2001
Lieu : Mashad, Iran
Kilométrage : 13700

L'avion se pose sur la piste de Tashkent.
A la descente, c'est le soulagement : 27 degres, l'air est sec, le vent frais.
J'ai quitte l'Asie du Sud-Est sous des trombes de pluie annoncant le debut de la mousson.

On respire mieux ici.
Je recupere mon velo intacte.
Depuis Hanoi, j'ai decide de voyager leger. Adieu rechaud, casseroles, filtre a eau et autres gadgets. Mon velo est passe de 70 kilos en Chine a 45 kg, sans eau. Je n'ai plus rien, qu'un ouvre-boite, une brosse a dent, camera, tente, duvet, tapis de sol, petite trousse a outils. Seule l'enorme pharmacie est restee intacte.

On peut pas plaire a tout le monde : moi qui preparais une belle barbe pour l'Iran, je passe ici pour un "wahabit", un fondamentaliste afghan (un flic m'a meme pris pour un Pakistanais) en quete d'un mauvais coup.
La police me tombe donc dessus tous les 100m dans la capitale.
Ce detail mis a part, le reel danger en Ouzbekistan, c'est la police, un troupeau forme en 3 mois dans les campagnes, et dont l'unique passe-temps semble etre de racketter le touriste. Heureusement, je suis au courant de cette pratique et je refuse obstinement de sortir mes dollars. Ici, la mafia, c'est eux, la population les craint, il faut desapprendre a les respecter si on tient a son ble.
L'influence sovietique saute aux yeux pour un pays a 90% musulman.
Le costume traditionnel des femmes semble etre la mini-jupe.
Difficile d'imaginer qu'a quelques centaines de kilometres au sud, les Talibans interdisent aux femmes de porter des soquettes blanches sous leur tente, depuis qu'un certain Omar a constate une erection impudique sur sa personne, a la vue de cet erotisme sulfureux.
Pourtant, la police a recemment arrete des integristes preparant un coup d'etat a 200 km de Tashkent.

L'ennemi numero un de l'Ouzbekistan reste donc le regime afghan.
J'ai meme un jour droit a un energumene qui semble avoir apprecie E.Clapton, puisque il m'emmene dans une piece sombre ou il s'amuse a jouer avec sa kalachnikov, sur une musique du style : "ton walk-man ou la vie".
Il charge son arme, me vise, toujours dans un regard mi-figue mi-raisin, dans le genre :
"Je deconne... peut etre pas."

Desole, j'ai fait la Chine, je l'imite, me marre, il saisit mon telephone portable et se met en tete de telephoner. Du coup, je lui arrache mon precieux combine a 50F la minute, tandis que je lui balance les pires insultes en verlan francais (bien qu'il y ait peu de chance qu'il parle francais) pour evacuer ma haine, toujours avec mon plus beau sourire thai.
J'ai quand meme eu des surprises! Ici, tout le monde ecoute Patricia Kaas et certains de mes potes de Tashkent sont branches IAM et Secteur A !

En deux coups de crayons, Aziz a trafique ma carte d'enregistrement, ce qui me permet de dormir chez lui plutot que de me ruiner a l'hotel. A chaque controle, je la presente aux flics qui me croient donc toujours a l'hotel de Taskent, a 32 USD la nuit.
Ici, un professeur gagne 20 USD par mois. Malgre ce niveau de salaire, je dois me battre pour payer a la place de mes amis, qui refusent de me faire debourser un centime.
Merci a vous!
Pas trop cool la vie ?

Au carrefour de l'Europe et de l'Asie, l'Asie Centrale detient la palme du brassage : mes potes sont kazaks, ouighours, ukrainiens, azeris, tadjiks, russes, turkmens, coreens (ces derniers m'annoncant apres le resto que les delicieuses brochettes, c'etaient... du chien).

Pour rejoindre Samarcande, ville mythique de la route de la Soie (et qui est pour beaucoup dans ma decision de rouler en Ouzbekistan), je traverse le Kazakstan sur quelques kilometres. Et la, je croise deux cyclos (ai-je dit qu'ils etaient allemands?) partis pour un Buchara-Tashkent.

Le lendemain, re-belote, deux pointures cette fois : un premier voyage de 5 ans a velo, la descente de l'Amazone en kayak, la traversee de tous les deserts d'Australie a velo...

Aujourd'hui, leur recyclage est parfait : ils sont photographes-journalistes-ecrivains et sont partis sur les traces de Marco Polo.
Ils suivent son itineraire a velo d'Allemagne a Pekin, avant de rentrer... en jonque, comme il se doit.
Je me rapelle avoir reve de jonque au Vietnam...

L
e reve des uns, la realite des autres.
Pour retrouver leur voyage :
http://www.weltsichten.de/

Pas trop cool la vie ?
Le Registan de Samarcande est le premier ensemble architectural qui me cloue litteralement sur place.

Quant a Bukhara... comment dire ?
C'est de tres loin la plus belle ville de mon voyage.
Je loge en plein centre, dans le quartier juif, et passe mes journees a flaner entre les caravanserails, les medressas et autres minarets. il regne un calme, une quietude dans cette ville qui me fascine.

Et encore si peu de touristes pour une merveille pareille... depechez-vous !

A l'approche de la frontiere turkmene, j'ai une pensee emue pour mon pere, grand analyste geo-politique devant l'eternel, dont la reaction a l'annonce de ma decision de partir pour l'Ouzbekistan, fut : "Euh... tu sais, les pays en "an", ca craint..."